Fontaine Bartholdi, la Garonne à Lyon
En quelques dates, vous allez découvrir l’histoire d’une célèbre fontaine lyonnaise qui n’était pas destinée à trôner sur la place des Terreaux.
Bordeaux - 1857 : la ville de Bordeaux lance un concours pour la réalisation d’une nouvelle fontaine. Le jeune Auguste Bartholdi, alors âgé de 23 ans, remporte le concours avec son projet d’une allégorie de la Garonne sur un char tiré par quatre chevaux. Il s’inspire du bassin d’Apollon du château de Versailles et nomme son projet le “Char triomphal de la Garonne”. La femme est une allégorie de la Garonne, sur un char triomphant et tiré par quatre chevaux représentant les principaux affluents du fleuve.
Paris - 1861 : la municipalité de Bordeaux retarde le projet sous prétexte de contraintes financières. En réalité, la ville ne veut plus du projet car elle le trouve trop coûteux.
Paris - 1889 : la fontaine est présentée au sein du Palais de l’Industrie, lors de l’Exposition Universelle de Paris 1889. Elle est présentée par la Société Gaget Gauthier et Cie qui a conçu la fontaine. Cette dernière est composée d’une armature en métal sur laquelle reposent des plaques de plomb martelés sculptés. Elle pèse 360 tonnes (socle et sculpture / 21 tonnes pour la sculpture seule), pour 5 mètres de haut et 9 mètres d’envergure. Mr Antoine Gailleton (maire de Lyon de 1881 à 1900) décide d'acquérir la fontaine. Sa municipalité l’obtient pour un prix raisonnable puisque Bordeaux n’en veut plus.
Lyon - 1892 : Lyon souhaite installer la fontaine pour l’Exposition Universelle et Coloniale qu'elle accueille en 1894. Le conseil municipal doit lui trouver un emplacement pour la mettre en valeur sur l’espace public. La place de la République et la Préfecture du Rhône sont écartées jugées peu harmonieuses, le cours Perrache est dit trop grand, l’extrémité de la rue de la République et la place de la Comédie trop coûteuses en travaux de réaménagement, le parc de la Tête d’Or est trop verdoyant pour mettre en valeur la fontaine et enfin le jardin des plantes est quand à lui peu attractif. Le choix se porte finalement sur la place des Terreaux. La fontaine déjà présente est déplacée sur la place Guichard alors réaménagée. Avant son installation, la ville de Lyon demande à Auguste Bartholdi de modifier sa fontaine pour mieux être en accord avec sa nouvelle ville. Le sculpteur s’y refuse (surtout que son projet a plus de 35 ans et qu’il ne veut plus en entendre parler en vu des difficultés qu’il lui ont apportées).
Lyon - 22 septembre 1892 : la fontaine est inaugurée sur la place des Terreaux mais pas sous son nom initial. Pour mieux l'intégrer à sa nouvelle ville, le “Char triomphal de la Garonne” est renommé “Les fleuves et les océans allant à l’Océan” ou encore “La France et ses fleuves”. Face à la fascination de cet imposant et impressionnant monument, cette dernière est surnommée par le public “Fontaine Bartholdi”.
1904 : Auguste Bartholdi décède sans être venu admirer son œuvre installée.
Lyon - 1992 : la fontaine qui faisait face à l’Hôtel de Ville est déplacée dos à la Croix-Rousse et face au Palais Saint-Pierre pour permettre la création du parking des Terreaux. Les Terreaux sont unifiés en cinq parties ; le pouvoir municipal (Hôtel de Ville), le Clergé (Palais Saint-Pierre actuel Musée des Beaux-Arts), la Bourgeoisie (les immeubles haussmanniens qui font face à l’Hôtel de Ville), le peuple (les immeubles du bas des pentes de Croix-Rousse) et l’art au centre (la fontaine Bartholdi). Pour l'occasion, la place des Terreaux est réaménagée avec 68 petites fontaines qui mettent en valeur la soixante-neuvième ; la fontaine Bartholdi. Une subtile référence au 69, numéro du département du Rhône.
Lyon - 2016-2018 : la place et sa fontaine sont en piteux état. La municipalité entreprend la restauration complète de la fontaine et de la place.
Anecdote : A l’époque la fontaine fascinait les passants par sa splendeur certes mais surtout pour une innovation voulue par Bartholdi. Pour rendre la puissance de la course du char plus réaliste, les quatre chevaux expirent de la vapeur d’eau par leurs naseaux.